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Cette sélection est basée, comme pour les films, sur le contenu de la création dans son rapport à la violence sexuelle au sens élargi. Cette violence nous est contée en tant que telle, des personnages en témoignent, d’autres vivent au cœur de cet univers, d’autres encore donnent à voir les traces laissées, la mémoire dans les corps. Ces expressions peuvent tout autant être livrées en brut, comme elles peuvent être sublimées, poétisées, détournées. D’autres encore n’ont pas la vocation d’aborder ces sujets, mais les traversent malgré tout. Le spectacle VIVANT donc !

Mises en scène par Laurence Février, cinq comédiennes à la sensibilité et à la retenue superbes font entendre la parole des victimes à l’innocence bafouée.
Théâtre du Lucernaire, à Paris
D’abord, il y a l’enfant abusée des années durant par son jeune oncle qui venait la garder à la demande de ses parents. Ensuite, l’épouse violentée par un mari en perte de travail et de lui-même. Puis l’adolescente livrée par son « ami » à des copains, un soir de « tournante ».
Il y a aussi la femme qui, pour s’être montrée aimable, est agressée chez elle, porte brisée, corps dévasté. Enfin, cette octogénaire laissée pour morte après avoir été torturée et forcée par un étudiant qu’elle recevait comme un petit-fils…
Sur la scène du Lucernaire, cinq femmes se racontent, à jamais souillées, niées. Libérant une parole longtemps retenue par la honte et l’angoisse. Victimes d’un crime dont certains voudraient les rendre coupables. Pourquoi n’ont-elles pas porté plainte plus tôt ? Pourquoi n’ont-elles pas résisté ? Écrit et mis en scène par Laurence Février, Tabou (1) traite de cet « interdit majeur », ce « fléau dans une société qui se veut libre » : le viol.
Justesse et émotion
Nourrie de témoignages et de travaux en ateliers, à la façon d’un théâtre documentaire qui se révèle théâtre de la vie, Laurence Février s’en tient à la réalité ordinaire du quotidien, prenant acte qu’« une femme sur dix a été violée ou le sera au cours de sa vie » et que, « dans huit cas sur dix, l’agresseur est connu de sa victime ». Ses « violées » sont semblables à mille autres enfants, mères, grands-mères… Ses « violeurs » sont des hommes sans histoires, appréciés de chacun. Ils ne sont jamais convoqués sur le plateau.
Seules les « plaignantes » et leurs « interrogateurs » sont présents. Cinq comédiennes – Françoise Huguet, Véronique Ataly, Carine Piazzi, Mia Delmaë et Anne-Lise Sabouret – en sont les interprètes exclusives, passant d’un rôle, d’un statut à l’autre. Des questions et aveux les plus crus aux instants de désarroi, elles sont magnifiques de justesse et d’émotion avec, parfois, ce rien de distance empêchant que ne s’instaure dans la salle un malaise équivoque.
Laurence Février conclut son spectacle par un extrait de la célèbre plaidoirie de Gisèle Halimi, en 1978, lors d’un procès pour viol à Aix-en-Provence. Le rideau tombe, on ne sait s’il faut applaudir. Trop troublés par les vérités de ces êtres qui, dans leur banalité même, pourraient se révéler nos semblables. Nous-mêmes ?
20 heures. Rens. : 01.42.22.26.50. (1) Éd. L’Harmattan. 106 p., 11,50 €.
Source : La Croix du 16/09/2012 par DIDIER MÉREUZE


Festival Avignon 2012 : “Conte d’amour” / Conception Markus Öhrn / Institutet et Nya Rampen / a été donné du 15 au 20 juillet 2012 / Salle de Vedène.
Markus Öhrn donne son “Conte d’amour” au 66e Festival d’Avignon. Une oeuvre superbe, souveraine, dont l’impact sera considérable. Véritable magicien du plateau, Öhrn s’attaque avec brio à un sujet éminemment complexe, dont l’écho ne cesse de rebondir depuis l’aube de nos civilisations : l’inceste. A travers l’histoire-prétexte d’un événement retentissant, Öhrn débusque le monstre bien réel tapi dans nos sociétés contemporaines.
Source : Le Bruit du Off - 22 juillet 2012 - Lire la suite

Décembre 2010 : Reprenant la version originale de Wedekind, Stéphane Braunschweig s’échappe du mythe pour revenir à l’essence même de la pièce
Lulu de Frank Wedekind - Théâtre national de la Colline, à Paris
Jusqu’au 23 décembre, à 19 heures. 01.44.62.52.52. Puis, en janvier, à Grenoble, Nantes, Toulouse…
Lire l´article original de la Croix du 22/12/2010

Mai 2013 - Lettre N°40 : Peut-on instrumentaliser la justice sans altérer la démocratie ?
